
J’imagine Tigibus, devenu grand et… alcoolique, se parodiant de la sorte, aussi ingénument que dans le film d’Yves Robert (inspiré du livre de Louis Pergaud « La guerre des boutons ») : « Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu ! ». Il exprimerait ainsi l’idée qu’une « bonne » information sur les méfaits résultant des alcoolisations aurait été suffisante pour qu’il se les épargne. C’est une doctrine très répandue depuis longtemps parmi les préventeurs, y compris lorsqu’ils ont vécu eux-mêmes la dépendance à l’alcool et son cortège de souffrances.
Comme tant d’autres, j’ai connu les méfaits de l’alcool et, bien avant, « tout petit » déjà, j’ai vu des personnes en souffrir, parfois des proches et certains en sont morts. Elles suscitaient souvent des sentiments mêlés de pitié, dégoût, peur, tristesse, colère et interrogeaient abruptement : pourquoi se faisaient-elles tant de mal, à elles-mêmes et aussi aux autres ?
Pour autant, est-ce que cette connaissance parfois brutale et souvent cruelle nous a détourné de l’alcool et de ses méfaits ? Est-ce que toutes les campagnes les dénonçant depuis si longtemps sont parvenues à les éradiquer, malgré toutes les formes qu’elles ont prises, de la condamnation morale à l’information statistique sur la mortalité, du discours sanitaire élaboré aux slogans directs et concis, malgré le statut de cause nationale qu’elles ont parfois pris ?
Non bien sûr ! Ou si peu… Non pas que les informations sur les méfaits soient inutiles mais elles n’ont tout simplement jamais atteint ce que l’on escomptait d’elles. Que leur manque-t-il alors, si les méfaits dits, connus et répétés à l’envi ne suffisent pas ? Notre Tigibus imaginaire l’ignorait-il vraiment et n’avait-il pas rencontré bien autre chose que des méfaits dans ses alcoolisations ? Le laisserait-on en parler, à défaut de l’encourager à le faire ?
