Des méfaits sans histoire(s)?

L’approche la plus répandue pour définir la personne alcoolique est de décrire tous les désordres qui résultent de ses consommations : les altérations physiques et physiologiques, les accidents et violences diverses, les problèmes comportementaux et relationnels, etc, tout ce que l’on peut désigner sous le terme générique de méfaits.

On imagine bien, sans doute, qu’avant la survenue de ces méfaits, il y a une histoire, mais il n’en n’est jamais ou très rarement question : la réalité de la relation de la personne à l’alcool semble figée dans ces méfaits. Elle est ainsi rendue statique, anhistorique, comme si la personne avait toujours été alcoolique… et le restera toujours « prédisent » même hardiment quelques-uns!

Cela conduit, entre autres conséquences, à une représentation du monde dans laquelle il y aurait, d’un côté, des personnes alcooliques, de l’autre, des personnes qui ne le seraient pas, et, bien entendu, personne entre les deux ! On ne peut évidemment soutenir raisonnablement l’idée d’une partition de la population aussi statique et tranchée, pas plus que celle « d’alcoolique depuis toujours » ou « pour toujours », et encore moins celle d’un passage soudain de non-alcoolique à alcoolique…

Il y a bien une histoire avant les méfaits et, de plus, cette histoire ne commence pas avec eux, sinon elle ne serait pas allée bien loin. Elle est tantôt éphémère, tantôt durable et s’inscrit alors sur des années, voire des dizaines d’années, une vie entière d’homme ou de femme parfois. Et même si l’on ne considère que les épisodes tristes de la partie finale de cette histoire, de ces méfaits, on peut encore facilement y discerner une évolution, un changement de nature et une accentuation de leur gravité.

Pourtant, la perception courante ne retient généralement que des clichés instantanés de méfaits, sans les relier par cette histoire. Plus encore, ce sont souvent les plus graves d’entre eux que l’on exhibe, sans doute dans l’intention louable de faire œuvre de prévention… sinon de dissuasion. Il s’avère alors bien problématique, sacrilège pour certains, de prendre en considération la partie initiale de cette histoire avec les épisodes bénéfiques qui l’ont déterminée, bien avant les méfaits… Comme si cette histoire, engagée sous les meilleurs auspices d’effets psychotropes ressentis positivement, était indicible et de toute façon inaudible !


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