Le tropisme des méfaits

Comme évoqué dans un post précédent (Des méfaits sans histoire(s) ?), la représentation courante de l’alcoolisme fige la réalité et elle la fige sur les méfaits. Plus encore, on peut remarquer que l’attention, la réflexion, les études et même les actions d’accom-pagnement et de soins aux personnes alcooliques sont toutes vues au travers de ce même prisme des méfaits. Comme un puissant maelström, il attire tout à lui ce qui me fait le nommer tropisme des méfaits.

Il ne date pas d’hier et si ses origines sont multiples, deux d’entre elles peuvent être identifiées comme capitales :

  • la définition même de l’alcoolisme telle que l’énonce Magnus Huss au milieu du XIXe et que reprend l’ensemble du monde médical. En substance : l’alcool est un poison pour l’organisme[1]
  • l’extension de cette définition à l’ensemble du corps social par le mouvement antialcooliste de la fin du XIXe / début du XXe. En substance : l’alcool est un poison pour la société.

Cette extension conduit les antialcoolistes à montrer le pire pour détourner la population de l’usage d’alcool. Dans cette optique, tous les journaux antialcoolistes de l’époque comportent, entre autres[2], une rubrique de faits divers (souvent appelée « Les crimes de l’alcool ») qui énumère les événements les plus graves, les plus violents, les plus sordides… Les plus « démonstratifs » du fléau de l’alcoolisme, jugé père de tous les grands maux.

Bien entendu, le discours n’est plus aussi véhément de nos jours et son contenu s’est considérablement modifié. Cependant l’orientation exclusive vers les méfaits s’est maintenue puisque leur gravité commande que l’on s’en préoccupe et, de préférence, en priorité, parfois même dans l’urgence. Faut-il pour cela ne regarder que dans leur direction ? N’existe-t-il rien d’autre que les méfaits qui ne donnent pourtant aucune clef de compréhension de la mise en place et du développement des processus problématiques liés à l’alcool ?


[1] La définition exacte de Magnus Huss (1807-1890), en 1848, est la suivante : »L’alcoolisme chronique (alcoholismus cronicus) consiste en un processus d’empoisonnement chronique tant par l’effet direct de l’alcool du sang que par la modification de la composition du sang. Ainsi, par la présence d’une substance étrangère d’un côté, et par la modification du rapport des composants normaux du sang d’un autre côté, l’empoisonnement agit sur le système nerveux, d’abord excité, bientôt affaibli, grâce à quoi les symptômes décrits se déclarent, s’associent et se complètent.« 

[2] On trouve aussi couramment la nouvelle mélodramatique.


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