
La Trajectoire présentée au CHU Rennes par l’association La Santé de la Famille (Yolande et Daniel). Stage de formation « Prendre en soin des patients ayant une conduite addictive »
D’Escapades en évasions est le troisième livre de la série Par-delà les alcoolismes… Il n’est pas totalement achevé mais suffisamment avancé pour que je puisse vous en proposer une table des matières, même si elle est encore susceptible de changements mineurs. Comme pour les deux livres précédents, elle sera précisée dans de prochains billets.
En premier lieu, l’idée qui a guidé cet ouvrage est de montrer quelles traductions en actions concrètes peuvent suggérer les constats et réflexions abordés dans les livres précédents. Pour opérer cette transition, j’utilise l’outil Trajectoire du vécu de la personne alcoolique bâti au début des années 1980 par les militants du Comité de Rennes de la Santé de la Famille à partir des travaux du médecin alcoologue Jean Rainaut[1] et de l’AREAT[2], association qu’il a fondée.
La Trajectoire permet en outre de porter le regard bien au-delà de la vision habituelle quantités/méfaits en introduisant les paramètres temps et psychotropie dans les phénomènes d’alcoolisation.
Ce qui permet alors de voir que le psychotrope alcool peut d’abord donner lieu à un usage circonstanciel. Beaucoup resteront sur cet usage, comme une simple escapade modifiant ponctuellement leurs ressentis. Pour d’autres, la psychotropie peut se présenter comme un moyen pour surmonter leurs vulnérabilités dans les confrontations permanentes au réel. L’évolution qualitative de la réponse psychotrope fera que ce moyen, initialement efficace et, de ce fait, empiriquement élu, va devenir délétère et se retourner finalement contre ces personnes.
En second lieu, on peut observer le même phénomène avec l’usage d’autres Substances Psychoactives mais aussi avec diverses activités a priori anodines. Ces recours différenciés ont en commun d’opérer une rupture avec le réel ordinaire, en fait une « suspension de moi » dans le réel. Et, si cela marche bien, l’activité de circonstancielle peut s’inscrire dans le temps en reproductions successives : l’escapade se mue alors en évasion. Et lorsque l’escapade se transforme ainsi en échappement du réel ordinaire (de soi dans le réel), il devient douloureux d’y revenir. Il faudra alors imaginer d’autres voies pour une autre évasion : se libérer des prisons addictives.
Mais, au fond, escapades ou évasions, ne faut-il pas considérer que l’Homme a un besoin de s’extraire du réel, d’une manière ou d’une autre, comme des respirations obligées lui permettant de se préparer à surmonter sa vulnérabilité dans ses multiples et incessantes confrontations avec lui ? C’est en tout cas la question que pose la deuxième partie de cet ouvrage.
Bonne lecture !
[1] En particulier le chapitre 6 Chronologie du vécu de l’alcoolique de son livre « L’alcoolisme : éclairage alcoologique en 1976 » Editions Lamarre-Poinat Paris 197
[2] Association de Recherche et d’Enseignement pour une Addictologie de Terrain
