
La Réduction Des Risques et des Dommages (RDRD) née dans le courant des années 1980 a incontestablement apporté de notables progrès dans la prise en charge des personnes addictes aux substances psychoactives classées illicites : baisse de la mortalité par surdose, contagion par le VIH, hépatite C, etc.
Son intérêt novateur n’est plus à démontrer et l’a souvent fait qualifier de « changement de paradigme ». Pour ce qui concerne l’alcool, substance psychoactive licite et réglementée, la RDRD consiste essentiellement en une question de diminution du volume des consommations. Elle vient alors « heurter » la pratique traditionnelle de « l’abstinence pure et dure », longtemps jugée seule planche de salut pour les personnes alcooliques. Peut-on pour cette raison en faire un nouveau paradigme comme on l’entend parfois ?
Les personnes alcooliques n’ont en effet pas attendu l’avènement de la RDRD pour tenter de réduire leurs consommations, d’elles-mêmes. C’est une démarche spontanée, pragmatique et récurrente chez la grande majorité d’entre elles dans leurs tentatives de s’affranchir de leur #alcoolodépendance :
- soit pour tenter de « redevenir un consommateur normal »,
- soit pour vérifier s’ils ne se sont pas laissé piéger par le produit,
- soit parce que l’idée de l’abstinence leur apparaît impensable et inaccessible.
Avant d’imaginer de se lancer éventuellement dans une abstinence totale, la personne va donc se livrer à diverses expériences de réduction et parfois d’arrêt total provisoire, souvent à l’insu de ses proches. C’est ainsi à partir de ces expériences qu’elle fait elle-même de « gestion » de ses consommations qu’elle pourra se situer, juger de ce qu’il lui est possible ou non.
En aucun cas, RDRD ou abstinence ne peuvent être décrétées de l’extérieur par un « sachant » qui pourrait dire où en est la personne dans sa relation au produit, quel est son degré de dépendance et ce qu’elle doit faire… Il ne doit exister ni dogme de l’abstinence, ni dogme de la RDRD : l’un et l’autre risquent de détourner la personne de toute démarche résolue, le premier parce que l’abstinence peut faire peur, le deuxième parce que laisser planer l’idée de pouvoir consommer répond à ce qu’elle veut entendre… Et ce risque est particulièrement marqué lorsque la parole émane doctement de l’ « autorité » médicale.
Souvent ce ne sera pas l’une ou l’autre option mais l’une puis l’autre, avec des alternances riches d’enseignements pour la personne…
