Une thématique de désastres

Le chapitre 2 (La construction médico-sociale) du livre 1 D’un verre à l’Autre[1] présente une première approche du mouvement antialcoolique de la troisième République avec pour objet de repérer les origines historiques du tropisme des méfaits, si présent encore de nos jours. Avec le livre 2 L’Héritage antialcoolique, il s’agit de montrer toute la puissance qu’il avait alors en proposant une « plongée » au cœur de la littérature de l’époque.

Les nombreux journaux des sociétés antialcooliques ont tous pour objectif primordial et commun de dénoncer et combattre le « fléau de l’alcoolisme ». Pour ce faire, ils proposent, entre autres, une rubrique de faits divers qui énumère toutes sortes de méfaits provoqués par l’alcoolisme. Et bien entendu ce sont les plus démonstratifs qui sont mis en avant, au besoin en accentuant leur gravité, quitte à recourir à l’outrance… Si cela ne suffit pas, on en fabrique, notamment par la pratique de la nouvelle mélodramatique… A tort ou à raison, on voit l’œuvre malfaisante de l’alcoolisme partout, cause de tous les grands maux de la vie en société,

Bien entendu, la mobilisation antialcooliste évolue avec le temps. Ainsi, avec la Société Française de Tempérance[2] fin 1871 qui émane de l’Académie de Médecine, le mouvement est plutôt élitiste à ses débuts mais se démocratise peu à peu, notamment avec la naissance de la Fédération Ouvrière Antialcoolique en 1911. La doctrine évolue aussi en glissant progressivement d’une optique plutôt répressive à une optique éducative. Et même, si les notions de tempérance ou abstinence divisent les « troupes » – pour reprendre la prose militaire de l’époque – c’est toujours la thématique de désastres qui prévaut et forme une sorte de bannière unificatrice sous laquelle se rangent les antialcoolistes de tous horizons.

Mais la thématique de désastres de l’antialcoolisme se fonde avant tout sur des aspirations philanthropiques : montrer les méfaits de l’alcoolisme doit détourner les gens de la consommation d’alcool et les protéger de la maladie (en particulier la tuberculose), de la violence, de la misère, etc, de s’affranchir des grandes peurs de l’époque : la décadence de la société, la dégénérescence de la race, la fin de la civilisation, etc. Dans ces conditions, il semble délicat de remettre en cause la thématique de désastres sans remettre aussi en cause les motifs philanthropiques qui portent le mouvement antialcooliste depuis ses débuts. C’est sans doute l’une des raisons de sa solide persistance.

La table des matières détaillée du livre L’Héritage antialcoolique donne une image de ce grand mouvement. Je la présente à la page dédiée du site.


[1] D’un verre à l’Autre vient de paraître et vous trouverez un lien vers la boutique Amazon sur mon site danielbouetel.com, à la page Livres / D’un verre à l’Autre.

[2] La SFT s’appelle « Association contre l’abus des boissons alcooliques » durant sa première année d’existence.


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