
« On a beau leur dire qu’il leur faudrait diminuer ou arrêter complètement de boire pour régler leurs problèmes, rien n’y fait… Et non seulement ils ne le font pas mais ils augmentent les doses, encore et encore, aggravant à chaque fois leur situation ! ».
Ce type de commentaire exprime le regard courant porté sur l’attitude des personnes alcooliques. Il ne retient que des quantités abondantes que l’on explique par un comportement individuel inadapté et/ou condamnable comme l’incapacité à gérer ou le manque de volonté, ou bien la provocation, ou encore la « passion funeste » des antialcoolistes d’antan, etc…
Si ce regard blâmant n’est pas toujours exprimé avec la même sévérité et le même désabusement, il porte néanmoins beaucoup d’incompréhensions.
En particulier, le désir de la personne à vouloir « gérer » ses consommations est méconnu. A un moment donné en effet, elle n’ignore plus qu’elle doit se limiter pour atténuer les conséquences néfastes et s’engage alors dans des tentatives solitaires d’arrêt ou de diminution. Elle veut aussi vérifier au travers de ces tentatives – généralement à l’insu d’autrui – qu’elle ne s’est pas piégée « quelque part », qu’elle n’est pas devenue prisonnière du produit, qu’elle n’est pas alcoolique.
Mais cela, on ne le voit pas, on retient seulement l’idée que l’alcoolique se fait du mal et fait du mal aux autres et, malgré tout, « continue quand même ». Une telle assertion équivaut à imaginer qu’une grande partie de la population – de l’ordre de 10%, sans compter les consommateurs catalogués « excessifs » – aurait un comportement sadomasochiste du fait de ses consommations d’alcool !
On ne peut se satisfaire d’une explication aussi peu réaliste et le concept de psychotropie permet d’y voir plus clair. Si la perte de contrôle est bien réelle, elle survient, pour beaucoup, longtemps avant qu’ils ne soient perçus alcooliques. Lorsque les effets psychotropes s’amenuisent, deviennent chaotiques et sont parfois même absents ou changent de nature, la personne augmente les doses pour tenter de les obtenir. Mais c’est l’ivresse qui est atteinte, de plus en plus, inattendue et souvent non désirée par la personne, mais si visible et si incompréhensible vue de l’extérieur.
Plus tard, la culpabilité et le sentiment d’impuissance la conduiront peu à peu, à se tourner vers un autre effet, celui de l’anesthésie. On dira alors qu’elle veut « oublier », ce qui n’est certes pas faux, mais c’est le seul effet psychotrope que l’on retiendra, celui d’une fin de parcours, parfois ultime…
Non l’alcoolique n’est pas sado-maso, il cherche simplement à surmonter sa vulnérabilité et souvent à échapper et parfois survivre à son mal-être, préexistant et/ou résultant de ses consommations.
A la page D’un verre à l’Autre de ce site je vous propose un morceau de texte extrait de la partie 2, Le vaste monde de la psychotropie pour amorcer la question des places diversifiées qu’un produit psychotrope – alcool ou autre – peut prendre dans la vie des personnes. C’est le point Motivations et ressentis individuels du chapitre 5 Vue d’ensemble.
Bonne lecture !
