Alcoolisme-maladie : un concept à questionner

Un grand progrès a été accompli lorsque le concept d’alcoolisme-maladie s’est imposé, en particulier dans les années 50 avec Pierre Fouquet (1913-1998) et Elvin Morton Jellinek (1890-1963)[1]. Avec leurs travaux, la personne alcoolique n’était plus cet être vicieux, mauvais père, mauvais mari, mauvais camarade, etc, que dépeignait l’antialcoolisme d’antan.

L’alcoolique devenait un malade à soigner et pouvait alors s’écarter du terrain de la morale pour entrer sur celui de la médecine. Il devenait ainsi possible de poser des bases plus objectives et donc plus solides pour la compréhension et le traitement des problématiques d’alcoolisme.

Dès lors, tout un champ thérapeutique s’ouvrait et de nouvelles stratégies se mirent en place, avec notamment l’ouverture des premiers centres de soins : Château-Walk (Haguenau), ancien « asile pour les buveurs » créé en 1931 qui devient Maison de Cure au début des années 50 ; Curatorium de Thun, deuxième établissement en France, créé en 1954 par La Santé de la Famille des Chemins de Fer Français (actuel Centre Gilbert Raby, géré par la fondation L’Elan Retrouvé depuis décembre 2017). Les établissements se multiplient et sont complétés plus tard par l’approche ambulatoire avec les CHA[2] (en 1975) qui deviendront par étapes les CSAPA (création en 2006).

Le concept d’alcoolisme-maladie a donc permis de nombreuses et importantes avancées et il ne s’agit pas de les remettre en cause, ni bien sûr de revenir sur le terrain de la morale. Il me semble cependant légitime de se demander s’il n’est pas devenu limitant et ne constitue pas à présent une entrave à de nouveaux progrès. C’est la question à laquelle j’entreprends de donner des bribes de réponses dans les prochains billets en observant les éléments de discours et les postures, tant du côté des intervenants que du côté des « malades ».


[1] Fouquet, père de l’alcoologie française propose une classification des alcoolopathies en 1950 (avec les alcoolites, alcooloses, somalcooloses) et Jellinek, 10 ans plus tard, (avec les alcoolismes alpha, bêta, delta, gamma, epsilon). Voir R. Malka, P. Fouquet, G. Vachonfrance, Alcoologie, Paris, Masson Editeurs, juillet 1986.

[2] CHA : Centres d’Hygiène Alimentaire qui deviendront CHAA (Centres d’Hygiène Alimentaire et d’Alcoologie) en 1983, puis CCAA (Centres de Cure ambulatoire en Alcoologie) en 1999 qui fusionneront avec les CSST (Centres de Soins Spécialisés pour Toxicomanes) pour former les CSAPA (Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie).


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