
Le dicton « l’alcoolique, c’est toujours l’autre ! » montre la difficulté de se dire soi-même personne alcoolique. D’ailleurs reconnaître ce statut n’était-il pas souvent assimilé à « s’avouer alcoolique » et la réalcoolisation à une « récidive », expressions signant un écart de conduite, voire une sorte de délit, ou de faute morale persistante.
Bien entendu, ces expressions ont à présent beaucoup moins cours que par le passé et le concept d’alcoolisme-maladie a permis de les éloigner et de contribuer à la prise de parole : se dire malade ne soulève pas de question d’ordre moral…
Si cela ne supprime pas totalement la connotation négative attachée au mot « alcoolique » (puisqu’on lui préfère le mot « malade » ou « malade alcoolique »), l’admissibilité sociale acquise est-elle suffisante pour alimenter et faciliter la prise de conscience des personnes, puis les aider à prendre la décision d’un changement ?
Le fait de se percevoir « malade » entraîne celui de « devoir se soigner », c’est-à-dire, entre autres mesures, agir ce qui est identifié comme la cause de la maladie : l’alcool. Pour la grande majorité, au début du processus de prise de conscience, la perspective de devoir s’en détourner peu ou prou est tout simplement inconcevable, comme se séparer d’un ami de tous les jours, si précieux et toujours disponible.
Pendant longtemps, l’abstinence « totale et définitive » apparaissait comme la seule proposition valable. Autant dire que pour beaucoup cette solution, définie comme unique et incontournable, était ressentie comme une véritable amputation de soi-même, pour d’autres comme un objectif inatteignable. Ils ne voyaient pas d’autre issue que de différer et le plus souvent de fuir des soins jugés menaçants. En outre, l’affirmation « Je ne suis pas malade ! » révélait même parfois la peur d’être « pris pour un fou ». C’est sans doute dans toutes ces craintes que le « déni » trouve ses principales raisons.
Plus tard, dans le cheminement de la personne, le qualificatif de malade pourra prendre un autre sens et sera même souvent revendiqué par elle comme fondement légitime de sa démarche, au moins parce qu’il contribue à sa déculpabilisation. Mais avant cet aboutissement capital, combien de reports et combien de renoncements ont découlé et découlent encore parfois de « l’alcoolisme-maladie » ?
L’extrait de la semaine prochaine qui apparaitra à la page D’escapades en évasions est tiré du chapitre 2 de ce 3ème livre, Prévention et promotion de la santé. Il proposera une réflexion sur la destitution du modèle culturel que détient l’alcool dans notre société.
