
Au travers de la quinzaine de billets qui précèdent dans ce blog, j’ai voulu montrer quelques insuffisances, limitations et même non-sens que peuvent comporter les représentations courantes de l’alcoolisme et de l’alcoolique. Pour les résumer, on peut en dresser une liste sommaire:
– les phénomènes d’alcoolisation sont perçus dans une réalité figée « Des méfaits sans histoire(s) ?» ;
– cette réalité figée est essentiellement polarisée soit sur la convivialité joyeuse, soit sur l’alcoolisme malheureux « Tous contre un, un contre tous ?! » ;
– l’alcoolisme n’est décrit que par une somme de méfaits dans l’ensemble du champ bio-psycho-social « Effets et méfaits », « Le tropisme des méfaits » et « Une thématique de désastres » ;
– ces méfaits, ainsi considérés comme constitutifs de l’alcoolisme, sont attribués au seul comportement individuel « Tous contre un, un contre tous ?! » et « Revisitons le concept d’alcoolisme ! » ;
– ce comportement est résumé à une consommation en quantités trop importantes d’alcool par une personne alors appelée alcoolique « Juste une goutte !?… » et « Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… » ;
– cette personne n’est pas raisonnable : elle poursuit ses consommations en dépit du mal qu’elle se fait et fait à ses entourages « Alcoolo, toxico, sado-maso… et toute la compagnie ? » et parfois travestit la réalité « l’alcoolique : un menteur invétéré ? » ;
– le concept d’alcoolisme-maladie, précieux, présente néanmoins des risques de limitations dans la compréhension et le traitement des problèmes « Il est malade », « Je ne suis pas malade », Halte aux identités assignées, « je suis malade »;
– l’alcoolisme résulte d’une méconnaissance des dangers de l’alcool et l’information permet de le prévenir ou de s’en sortir (« Si j’aurais su, j’aurais pas bu ! ».
Bien entendu, ces textes brefs, dont les intitulés suggèrent qu’ils mériteraient sans doute quelques nuances et aussi d’autres développements car ils ne sont certainement pas exhaustifs. Cependant, ils évoquent les parties émergentes – les plus visibles peut-être – d’un discours global orienté vers l’action visant à faire face aux méfaits de l’alcoolisme, ce que j’ai appelé tropisme des méfaits. Il s’est construit et renforcé dans cette optique et, de ce fait, laisse peu de place pour autre chose, en particulier la prise en compte des effets psychotropes.
Les livres de la série Par-delà les alcoolismes… ont cette ambition de leur donner la place qu’ils devraient à mon sens tenir pour d’abord mieux comprendre la genèse des alcoolismes. Ils éclairent en outre tous les phénomènes d’alcoolisation, et, au-delà, les utilisations variées de substances psychoactives ainsi que les addictions comportementales. Tout cela porte de grands enjeux pour tenter de prévenir du mieux possible la survenue de désordres mais aussi pour se comprendre, tout simplement.
Nouvel extrait à la page D’un verre à l’Autre (livre 1) : « Recommandations quantifiées et psychotropie » du chapitre 2 « La construction médico-sociale ».
