De la séduction aux méfaits

Dans notre société, lorsque l’on évoque les phénomènes d’alcoolisation, on en donne en général deux descriptions. D’un côté la fête, la convivialité joyeuse associée à une idée du bien-vivre, bien manger et bien boire. D’un autre côté, à l’opposé, on décrit l’alcoolisme et tous ses malheurs. Pourquoi le même produit conduit-il à des situations aussi différentes ?

A mon sens, on ne peut comprendre cet état de fait quelque peu énigmatique qu’à la condition d’introduire deux données importantes : le concept de psychotropie et le paramètre temps.

Les propriétés psychotropes d’un produit ont des retentissements très différents des uns aux autres : certains vont ressentir un léger mieux-être, une minorité se sentir menacée, d’autres au contraire vivront une expérience positive majeure. Il va de soi que des uns aux autres la suite de l’histoire ne sera pas la même : les premiers pourront retrouver occasionnellement les effets plaisants ressentis, les seconds auront tendance à les fuir tandis que les derniers seront tentés de les rechercher. Les uns vivront une expérience ponctuelle peu significative tandis que d’autres, de manière tout à fait empirique, lui donneront déjà un sens existentiel.

On peut dire très banalement que plus les effets seront ressentis positivement et puissamment, plus la personne sera tentée de les reproduire… Ensuite, pour ces personnes, un autre mode de différenciation de leurs parcours aura lieu suivant la nature de l’effet obtenu puis recherché : certains se satisferont de l’euphorie que peuvent apporter de faibles doses, d’autres iront parfois jusqu’à l’anesthésie pour s’extraire du réel qui les fait souffrir, ingérant alors de grandes quantités. Bien entendu, entre les deux existe une large gamme de comportements intermédiaires qui conduiront nombre d’entre eux à augmenter ces doses pour conserver les mêmes effets attendus, toujours très empiriquement (phénomène de tolérance).

Et pour ceux-là, pendant longtemps parfois, les effets seront là, contribuant à ce que la personne surmonte sa vulnérabilité et apporte son écot à la convivialité : elle est alors parfaitement intégrée au groupe des bons vivants.

Les désordres surviendront lorsque la personne aura atteint son seuil de tolérance maximum et que les effets recherchés s’estomperont alors peu à peu, pour finir par disparaître en changeant de nature. Le moment de ce basculement dépend de la rapidité d’élévation de la tolérance, donc des quantités ingérées et donc des effets initialement recherchés. Ce qui signifie aussi que la durée des parcours sera très variable mais quelle qu’elle soit, la recherche initiale de ces personnes n’est pas différente de celle de tous les êtres humains : l’aspiration à une logique d’épanouissement.

Aucune de ces personnes n’a évidemment recherché les méfaits et, lorsque l’on s’engage dans une histoire d’amour, on n’imagine pas d’emblée qu’elle puisse mal tourner !


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