La difficulté de concevoir le lien causal bénéfices/méfaits

La toxicité du produit alcool et ses implications néfastes commandent deux attitudes : soit traiter, soit prévenir.

TRAITER car lorsque les méfaits surviennent, ils sont légitimement prioritaires, c’est la seule préoccupation recevable, il n’y a guère de place pour autre chose et ce n’est pas ou plus le moment. Ainsi, parler des bénéfices de la psychotropie paraît totalement hors sujet, voire déplacé. On reste alors sur une explication causale superficielle : la personne n’a pas su gérer, s’est laissé surprendre ou a même commis un écart de conduite. En restant sur les méfaits, il n’est pas possible de concevoir une causalité existentielle comme le suggère pourtant le recours aux effets psychotropes qui va se répéter et prendre de plus en plus de place.

PREVENIR et pour ce faire, on utilise précisément le discours sur les méfaits pour exhiber leur gravité en escomptant modifier le comportement de consommation. C’est une stratégie de prévention qui a cours depuis les origines et parler de bénéfices découlant de la psychotropie n’est pas non plus recevable car cela s’apparenterait à une remise en question de cette stratégie.

Dans les deux cas, évoquer la psychotropie apparaît secondaire, voir inapproprié. Tout cela est constitutif d’un puissant tropisme des méfaits qui s’est ancré dans les réflexions et les approches depuis des décennies, en particulier depuis l’antialcoolisme de la troisième République. Et bien sûr, si l’on méconnaît la psychotropie (avec les 3 sens : ignorer, mal connaître, ne pas vouloir connaître), on ne peut voir que les méfaits qui, seuls, ont droit de cité dans une réalité devenue immobile;

Une sorte de censure morale découle ensuite de ces approches TRAITER / PREVENIR : il n’est pas possible de parler de bénéfices résultant des effets psychotropes sans risquer d’être soupçonné de bienveillance, voire d’encouragement à consommer… Et cette censure devient autocensure des personnes touchées en contaminant le témoignage classique où il n’est question que des souffrances provoquées par les méfaits, jamais ou très rarement des bénéfices antérieurs de la psychotropie…

En toile de fond de ce tableau général s’ajoutent d’autres difficultés : l’éloignement dans le temps entre les deux registres bénéfices et méfaits, le glissement souvent très progressif des uns aux autres, la différence de nature des vécus successifs… Et puis nous avons du mal à sortir des dualités habituelles : mal / bien, vrai / faux, beau / laid, etc, du mal à concevoir qu’une « chose positive » puisse se transformer en « chose négative ». Pourtant cela est nécessaire, sinon on ne peut pas plus concevoir qu’une « chose négative » puisse se transformer en « chose positive », qu’une logique d’épanouissement puisse naître du champ de ruines de la dépendance. Il le faut pourtant si l’on entend accompagner des personnes en souffrance.


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