Psychotropie. Les antipodes de la psychotropie

Chacun interprète les phénomènes de psychotropie à sa manière, c’est-à-dire d’abord en fonction de ce qu’il a pu lui-même ressentir ou, secondairement, en fonction de ce qu’il a pu en voir chez d’autres.

D’un côté, les personnes qui ressentent peu d’effets positifs, voire des effets négatifs (en se sentant menacées dans leur self-contrôle par exemple), ne peuvent concevoir que d’autres puissent vivre des effets très positifs, susceptibles de bouleverser leur personnalité, parfois avec des quantités très modestes, ce qui leur paraît encore plus inconcevable. Elles ne pourront non plus imaginer avoir parfois participé – sans le savoir – à l’établissement de la relation d’une personne avec le produit en applaudissant aux transformations jugées si positives qui s’opéraient chez elle.

Plus tard, elles ne comprendront pas plus pourquoi cette même personne consomme des quantités importantes de produit (en particulier par le fait du mécanisme de tolérance qu’elles méconnaissent) et elles ne percevront que ces énormes quantités, sans soupçonner l’existence du lien entre les premières alcoolisations bénéfiques et les méfaits maintenant bien présents. « Pourquoi se faire autant de mal et en faire aux autres » se diront-elles et pour mettre un point final à leurs interrogations et à leurs étonnements, elles se rangeront à l’avis que « l’alcoolisme est une maladie ».

A l’opposé, les personnes qui vivent des effets positifs penseront que tout le monde les vit et ne comprendront pas que d’autres s’en détournent, la psychotropie ne présentant pas ou peu d’intérêt pour eux. Plus tard, pour ceux qui sont pris au piège de la dépendance, le lien entre la période si heureuse (et souvent lointaine) de la Solitude Dorée[1] et la survenue des méfaits ne pourra être établi. Ils ne reconnaitront que leur incapacité à gérer et considéreront leurs alcoolisations comme des écarts de conduite. Ils se jugeront souvent sévèrement comme incapables de « se raisonner » ou de « savoir se tenir ». Pour « admettre » ce qui leur arrive et pour éviter l’opprobre, ils adhéreront d’eux-mêmes au statut de malades, socialement plus acceptable.

Au total, un consensus accommodant s’installe, étouffant toute velléité d’échanges authentiques sur les effets psychotropes et leur grande diversité.


[1] J’emprunte au médecin alcoologue Jean Rainaut l’expression « Solitude Dorée », qu’il appelle aussi « Solitude Paisible », « lune de miel » ou encore « tapis volant ». Il la fait suivre d’une interphase « la Solitude Anxieuse » puis d’une dernière phase, « la Solitude Marastique ». Voir le chapitre 6 de son livre toujours actuel « L’alcoolisme : éclairage alcoologique en 1976 » Edition Lamarre-Poinat 1976.


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