Psychotropie – Chacun dans sa bulle…

Lors d’un précédent billet (« Les antipodes de la psychotropie »), j’ai décrit deux types extrêmes de ressentis sous le psychotrope alcool : ceux qui vivent de puissants effets psychotropes positifs versus ceux qui en vivent peu, voire qui ressentent des effets négatifs. Il n’est pas très audacieux d’imaginer qu’il existe, à l’évidence, une multitude d’autres vécus intermédiaires et que l’on a donc autant de « définitions » de la psychotropie que de ressentis.

Mais de ces ressentis, rien d’autre n’est exprimé que des bribes superficielles et instantanées comme « se sentir plus gai » ou « plus détendu » par exemple. On ne peut alors percevoir qu’un ensemble flou, sans aspérité et sans réelle possibilité d’y discerner toute la diversité et la profondeur des expressions et des nuances.

De telles méconnaissances à la fois de la psychotropie et de la diversité des ressentis qu’elle provoque, entraînent logiquement de grandes incompréhensions entre tous. Si l’on les regarde de plus près, on se rend compte que c’est toute la somme des propriétés énumérées précédemment qui sont méconnues (voir les billets précédents de cette suite sur la psychotropie). Toutes ces méconnaissances – qu’il faut entendre sous les trois acceptions principales : ignorer totalement, mal connaître, ne pas reconnaître – sont à mon avis révélatrices d’un grand vide conceptuel.

Ainsi, à défaut d’un savoir construit sur la base empirique des expériences individuelles et qui permettrait de distinguer la grande diversité des nuances de ressentis, on ne parle essentiellement que de ce qui est le mieux caractérisé et le plus saillant : d’un côté les malades de l’alcool qui souffrent, de l’autre les bons vivants qui s’amusent…. Et, on ne sait pas dire grand-chose de « l’entre-deux », de la population intermédiaire comme du processus qui peut conduire des uns aux autres.

Il est vrai que dans notre monde aspiré par le clinquant et le brillant, l’éphémère et la performance individuelle, il n’y a pas beaucoup de place pour l’expression respectée et attentive de nos vie intérieures. Hélas, tant que l’on ne se penche pas méthodiquement sur la notion de psychotropie, elle restera emprisonnée dans les subjectivités individuelles et l’on ne pourra distinguer la richesse et la singularité des parcours de chacun … pourtant déterminés par la qualité et la nature des effets psychotropes.

Les vidéos n°6 et 7 « A quoi peut servir le concept de psychotropie ? » et « Un changement de paradigme ? » (extraits de mon intervention à la journée INSERM / Associations du 15 décembre 2020 « Comment faire évoluer la représentation sociale du risque ? ») forment une conclusion qui ouvre les grandes lignes d’éventuels apports du concept de psychotropie.


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