
Dans nombre des billets précédents, j’ai mis en relation deux paramètres : la psychotropie et la vulnérabilité en présentant la première comme un moyen qu’utilisent certaines personnes pour surmonter la seconde. Après avoir évoqué dans les grandes lignes la psychotropie, premier terme de cette relation, il apparaît maintenant opportun de considérer la vulnérabilité, deuxième terme. Il sera ensuite plus aisé d’examiner les liens à l’œuvre entre ces deux paramètres.
La notion de vulnérabilité naît du rapport entre deux termes : une entité donnée, d’une part, la réalité dans laquelle elle se trouve placée, d’autre part. Si l’on dit d’une entité qu’elle est vulnérable c’est parce que la réalité qui l’entoure peut l’altérer d’une manière ou d’une autre (dans son intégrité ou son fonctionnement). Ainsi, la vulnérabilité ne peut se concevoir qu’en relation avec la réalité, mieux elle, n’existe et ne se révèle que dans cette relation à la réalité.
Lorsqu’il s’agit de l’être humain avec toute sa complexité, la notion de vulnérabilité ne peut se comprendre sans considérer sa façon d’être au monde, toute son idiosyncrasie, autrement dit l’ensemble des « dispositions » de natures extrêmement diverses qui le constituent et l’animent. Dans la confrontation au réel, elles se révéleront suffisantes pour le surmonter… ou non et dans ce dernier cas, cela engendrera un vécu plus ou moins dégradé pour la personne qui, suivant les situations, va de l’inconfort à la maladie, du malaise au mal-être.
On la verra alors comme « vulnérable » à un degré ou un autre alors qu’il serait plus juste de dire qu’elle est « vulnérable dans telle ou telle situation ». Ainsi, on réduit souvent la vulnérabilité à une caractéristique individuelle, un trait persistant de la personnalité, en l’assimilant souvent à une fragilité ou une faiblesse inhérente à la personne, voire une maladie ou une prédisposition à telle ou telle maladie. Ce faisant, elle devient une sorte d’objet permanent indépendant de la réalité. Il s’agit donc à mon sens d’un abus de langage qui provient en partie du fait que, d’un jour à l’autre, nous nous trouvons dans des réalités similaires qui se répètent et réunissent les mêmes conditions d’émergence de la vulnérabilité. Celle-ci est perçue alors comme une constante.
Cependant, il y a aussi une dimension pratique, simplificatrice, dans l’expression courante pour aborder les problématiques autour de la vulnérabilité… Dimension parfois bien accommodante puisqu’elle individualise ces problématiques et exonère de toute responsabilité les systèmes qui les génèrent.
Cette approche est évidemment sommaire mais elle esquisse déjà différents champs de réflexion que je vais m’efforcer d’aborder dans les billets suivants.
La semaine prochaine, à la page L’héritage antialcoolique, nouvel extrait: « Réception de l’antialcoolisme » (Extrait du livre 2, chapitre 4 « La postérité de l’antialcoolisme »).
