Dispositions et « prédispositions »

Il y a 15 jours, je terminais le billet intitulé « Vulnérable ? » en évoquant deux raisons qui nous font voir la vulnérabilité d’une personne comme l’une de ses caractéristiques individuelles sans considération pour les réalités dans lesquelles elle se trouve placée : la reproduction quasi identique des contextes, d’une part, l’individualisation accommodante des problématiques, d’autre part.

Il en est sans doute une troisième, bien difficile à cerner : on ne peut en effet rendre compte de la vulnérabilité d’une personne sans évoquer sa façon d’être au monde, son idiosyncrasie, c’est-à-dire l’ensemble de ses « dispositions » qui lui permettent de se confronter au réel.

Je n’ai évidemment pas la compétence, ni l’intention de m’aventurer dans une tentative d’analyse détaillée de la notion d’idiosyncrasie. On peut simplement relever qu’elle est éminemment complexe puisqu’il s’agit de toutes les particularités physiques et physiologiques d’une personne, ses capacités sensitives, ses émotions et sentiments, ses capacités cognitives, ses relations à autrui, etc… Ce sont aussi ses besoins et désirs, ses aspirations, toutes ses expériences et son histoire, sa perception d’elle-même, ses valeurs, etc. Tout cela se complique encore de l’agencement graduel dans le temps de toutes ces dispositions : ce qu’il y a d’inné puis ce qu’il y a d’acquis (par la socialisation, par apprentissage, par expériences ponctuelles, etc). Il en découle un ancrage de plus en plus puissant, des plus récentes aux plus anciennes, dimension qu’il faudrait de plus étendre en amont de l’histoire de l’individu puisqu’il est lui-même issu d’une espèce, donc produit de la sélection naturelle…

…Ouf !

Cet inventaire « fourre-tout » résume sommairement l’idiosyncrasie, construction cohérente de grande complexité. Par réflexe simplificateur, on réduit alors la vulnérabilité à l’une de ses « briques » en la mettant au même rang que toutes ces caractéristiques de la personne… Comme l’une de ses dispositions alors qu’elle ne peut être que l’expression d’interactions diverses entre elles, relativement à un contexte donné.

Ce n’est que dans ce rapport au réel qu’elles se révéleront comme vulnérabilités… ou forces d’ailleurs, j’y reviendrai plus tard.

La vulnérabilité n’a pas d’existence dans l’absolu, ce n’est pas une « prédisposition » !


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