Les révélations d’un escargot baladeur

Pour contrebalancer mes précédentes spéculations quelque peu éthérées sur la vulnérabilité, je me disais qu’il serait peut-être bienvenu de leur donner du « corps », d’être plus terre-à-terre. Et, justement, une observation récente est alors venue à ma rescousse sous la forme d’un escargot se déplaçant innocemment sur ma terrasse, au niveau du sol donc….

Malgré l’heure matinale, ce soleil de juin dardait déjà de puissants rayons : il avait séché certaines dalles de la terrasse tandis que celles restées à l’ombre gardaient encore un peu d’humidité. Un escargot se dirigeait des premières aux secondes, sans doute avait-il perçu le danger de sa présence sur ces dalles qui devenaient rapidement de plus en plus chaudes…

Car, en effet, le danger était bien là, multiforme : en l’absence d’humidité, fabrication impossible du mucus lui permettant de se déplacer (horizontalement comme verticalement), altération de sa « trace amoureuse » devenue méconnaissable pour ses congénères et donc reproduction entravée, progression plus laborieuse et donc allongement du temps d’exposition à l’attaque d’un prédateur comme un reptile ou un oiseau (la grive en est friande), accession plus difficile à la nourriture, etc… sans parler de la mort « sur place » par dessèchement… On peut dire que dans cette zone ensoleillée du dallage, l’escargot était en situation de vulnérabilité. Mais cela ne signifie pas que le mucus lui-même est une vulnérabilité.

D’ailleurs, il a suffi que notre gastéropode franchisse la séparation entre les deux zones, qu’il pénètre dans la zone d’ombre pour accéder à une situation de force : pouvoir fabriquer à nouveau du mucus, se déplacer, se reproduire, se nourrir, bref, vaquer à toutes ses occupations ordinaires d’escargot épanoui… Mais cela ne signifie pas plus que le mucus lui-même est une force.

Je retrouve ici le fait qu’une disposition naturelle n’a le caractère de force ou de vulnérabilité que relativement au contexte dans lequel elle se trouve placée et, bien entendu, le raisonnement est applicable pour tout être vivant avec ses dispositions propres.

Il en ressort aussi plusieurs implications :

  • la vulnérabilité dans un contexte peut devenir force dans un autre ;
  • toute disposition est l’un des éléments de l’ensemble cohérent que constitue l’idiosyncrasie d’un être et si elle est sollicitée, c’est l’ensemble de l’édifice qui l’est aussi, simultanément ou « en cascade » ;
  • une disposition donnée est plus ou moins marquée suivant les individus, c’est la part de l’inné ;
  • plus une disposition est utilisée, plus elle gagne en potentialités, c’est la part de l’acquis.

Et voilà mon escargot sorti d’affaire ! Après avoir fui les dalles sèches et chaudes, puis parcouru les dalles humides, le voici parvenu sur la terre, prêt à se délecter des feuilles et des pétales de nos jolis gazanias… devenus à leur tour vulnérables par la réalité de sa seule présence vorace !


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