
Bonjour à tous !
Lorsqu’il est question de vulnérabilités et de forces, l’entendement courant ignore généralement la réalité environnante et ne les voit que comme des données inhérentes à la personnalité, hors de tout contexte. Il en fait alors des entités intemporelles, invariables, inaptes à tout changement.
Pourtant, ce sont les dispositions formant notre idiosyncrasie – et donc « inscrites » en nous – qui s’avèrent vulnérabilités ou forces suivant la réalité dans laquelle elles se trouvent « placées » (voir « Les révélations d’un escargot baladeur »).
C’est l’idée principale qui ressort de la série des publications précédentes et, à mon avis, elle peut être précieuse dans le contexte de personnes ayant décidé de se séparer d’une addiction.
En effet, dans les configurations avancées des problématiques addictives, la personne est en désamour d’elle-même et s’attribue sévèrement toutes sortes de défaillances et/ou de fautes, « d’écarts de conduite » comme relevant de sa responsabilité individuelle, de son fonctionnement propre. Les difficultés mêmes pour se « sortir » de cette problématique et, souvent, les nombreux échecs de ses tentatives, sont vécus par elle comme autant de « preuves » attestant de ses insuffisances, de faiblesses intrinsèques, de sa vulnérabilité persistante…
Diriger le regard vers la réalité environnante c’est se mettre en mesure de s’y voir agissant sur elle. Les difficultés ne résultent plus alors de mon insoluble vulnérabilité mais proviennent de la confrontation de mes dispositions avec le réel. Il n’y a plus d’auto-jugement négatif et infécond, mais une réalité objective à évaluer pour bâtir des stratégies. « Le problème » n’est plus moi mais la nature et la puissance des moyens « extérieurs » à mettre en œuvre.
Ajoutons que le doute de soi est souvent présent dans ces problématiques et, provenant de l’ontogenèse, la personne l’a généralement intégré en elle comme une donnée intangible de sa personnalité. C’est d’ailleurs l’addiction qui, empiriquement, lui a sans doute permis de le surmonter pour ne pas en souffrir, pour exister. Lorsqu’elle ne « répond » plus pour diverses raisons (dont le phénomène de tolérance), le doute de soi revient inexorablement et ne fait que renforcer la perception négative antérieure de soi-même, qu’il prenne la forme de la timidité, de l’anxiété, de la mythomanie, du besoin permanent d’approbation, de la procrastination, du perfectionnisme, etc.. Dans ces conditions, « diriger le regard vers la réalité environnante » n’est assurément pas attitude aisée puisque la personne est constamment tournée vers le doute qui l’habite.
C’est pourtant ce changement de posture qui lui permettra de changer le regard sur elle-même, de se percevoir autrement, de s’accepter, de déculpabiliser, de regagner de l’estime de soi, puis ne plus « avoir peur », envisager l’action, se déchaîner (enlever ses chaînes, puis, dès lors, « s’en donner à cœur joie »).
La semaine prochaine, à la page L’héritage antialcoolique, consacrée au livre 2, je proposerai un nouvel extrait « Deux voix fortes et un grand mutisme » (Chapitre 4 : « La postérité de l’antialcoolisme »).
