
Bonjour à tous !
Pour expliquer les problèmes liés aux alcoolisations, on entend souvent dire que certains sont vulnérables tandis que d’autres ne le sont pas ou le sont moins. Mais que faut-il comprendre dans ces termes de « vulnérabilité à l’alcool ? »
Si l’on admet l’idée précédemment énoncée que la vulnérabilité naît de la confrontation entre les dispositions d’une personne et la réalité qu’elle rencontre, on a d’un côté la personne avec ses dispositions et de l’autre l’alcool et ses propriétés.
On retient généralement les dispositions métaboliques de la personne, d’une part, les propriétés toxiques de l’alcool, de l’autre. De ce « face-à-face » va résulter le niveau de vulnérabilité qu’on qualifie alors « d’inégalité devant l’alcool ».
Pour l’illustrer, on évoque l’inégalité la plus connue de ce point de vue entre hommes / femmes : statistiquement une femme ne pourra éliminer que 70% de ce que peut éliminer un homme de même taille et de même poids. Bien entendu, les équipements individuels très variables conduisent à des vulnérabilités également très variables et il est clair que plus les capacités métaboliques sont faibles plus l’exposition à l’alcool aura des effets toxiques…
En revanche, ce qui est rarement évoqué c’est l’autre registre des propriétés de l’alcool : la psychotropie. Mais qu’est-ce donc qu’être vulnérable, à la psychotropie cette fois ? D’autant que, pour la majorité, les consommations sont souvent synonymes de convivialité, de bien-vivre (bien manger et bien boire). Il n’est pas aisé de discerner le rôle du psychotrope derrière ces vécus positifs.
Pourtant, là aussi il y a inégalité des personnes : elle se traduit au niveau du ressenti et de manière très diversifiée mais plus subtile. Ainsi, la psychotropie peut être pour certaines personnes une réponse efficace leur permettant de surmonter les situations de vulnérabilité qu’elles rencontrent. Et mieux « ça marche », plus elles auront recours à ce moyen. Ce qui est équivalent à dire que ces personnes sont alors, au contraire, en situation de force ! Mais pour que cela soit, le soit durablement, le soit « en tout lieu », il faudra cumuler les doses ingérées (tolérance et usage étendu). La toxicité se révélera tôt ou tard, mettant en péril la santé de la personne et l’on retrouvera à ce moment le premier type de vulnérabilité, celle qui résulte des capacités métaboliques.
Les personnes elles-mêmes n’ont pas fondamentalement changé, c’est le moyen auparavant si efficace qui ne marche plus, ne marchera plus dorénavant et se retournera même contre elles. La résolution de ces problématiques de dépendance n’est donc pas tant dans leur relation à l’alcool que dans leur relation au monde, leur fonctionnement. Lorsque l’on parle de vulnérabilité à l’alcool, c’est sans doute tous ces aspects qu’il faut prendre en compte.
La semaine prochaine, à la page L’héritage antialcoolique, consacrée au livre 2, je proposerai la première partie d’une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique aux toutes premières années du XXème siècle : le drame des petits Weber (dernier chapitre « Infusions antialcoolistes »).
