
La satisfaction de nos besoins de tous ordres nous conduit à une confrontation continuelle au réel. Nos dispositions sont ainsi sollicitées en permanence pour faire face à la réalité environnante, diverse et changeante. De cette rencontre peut naître une situation de vulnérabilité, si nos dispositions ne permettent pas ou mal la satisfaction de nos besoins, une situation de force dans le cas contraire.
Pour illustrer cette représentation, j’avais osé une métaphore un peu décalée avec le post « Les révélations d’un escargot baladeur ». Elle permettait, entre autres, de s’affranchir du schéma simpliste habituel qui fait de la force ou de la vulnérabilité, les attributs intrinsèques d’un être, immuables à jamais. Dans le post plus récent « Tonton Julot est rigolo », je présentais la situation de vulnérabilité du personnage comme résultant de la rencontre entre sa timidité – disposition personnelle – et le contexte « relationnel »de la fête.
Bien sûr, il y a bien d’autres situations de vulnérabilité : lorsque l’anxiété rencontre des moments d’attentes et d’incertitudes, la difficulté d’agir placée dans des circonstances qui commandent l’action, les capacités physiques face à des travaux de force, la peur dans des situations menaçantes, etc. On pourrait énumérer à l’infini ces conjonctions « dispositions individuelles / réalités environnantes » qui peuvent faire émerger des situations de vulnérabilité car, de fait, elles font notre quotidien. Ce qui signifie aussi que lorsque les réalité environnantes changent, les situations de vulnérabilité peuvent disparaître ou se modifier… et parfois du tout au tout. Ainsi les dispositions individuelles placées hors ces situations peuvent prendre une tout autre forme. Pour reprendre nos exemples, la timidité peut devenir réserve évitant à la personne des relations toxiques, l’anxiété générer un questionnement raisonné sur le cours des événements, le défaut de capacité physique pousser à d’autres stratégies (de ruse par exemple), la peur provoquer une temporisation prudente avant d’agir, etc. Des « situations de force » peuvent ainsi naître avec des réalités environnantes différentes mais les mêmes dispositions individuelles.
On imagine aisément qu’entre ces situations de forces ou de vulnérabilités, il existe des configurations intermédiaires moins marquées comme le confort ou l’inconfort. Les stratégies développées par les personnes pour faire face au réel seront fonction de cette grande diversité mais aussi de la façon dont elles vivent ces situations, si cela leur indiffère, si elles en sont satisfaites, s’en accommodent ou en souffrent. En toute logique ce sont très pragmatiquement les stratégies qui marchent qui seront retenues et le recours à un psychotrope peut en être.
Notons que dans ce tableau ordinaire de la condition humaine, il serait bien hasardeux d’affirmer ce qui relève ou non du pathologique.
La semaine prochaine, à la page D’Escapades en évasions, consacrée au livre 3, je proposerai une première approche de « La Trajectoire du vécu de la personne alcoolique » (chapitre 1) avec le texte « Allure générale ».
