Addiction : un problème d’échelle(s)

Avec le post récent « Sortir de la culpabilité !… », il apparaît que la découverte du concept de psychotropie et de son rôle déterminant donne à la personne 3 raisons de déculpabiliser : elle n’a pas choisi sa façon d’être au monde, ni la qualité et la puissance des effets psychotropes, ni la tolérance nécessaire pour maintenir ces effets.

De plus, cette notion présente l’intérêt majeur de lui permettre d’appréhender la dimension existentielle de ce qu’elle vit.

Il y a d’abord l’échelle de temps : la prise en compte de la psychotropie conduit à « remonter aux origines », bien avant la survenue des méfaits et des épisodes d’alcoolisation néfastes qui les provoquent. C’est toute une partie de l’histoire de la personne qui relie les bénéfices initiaux des effets psychotropes aux méfaits ultérieurs dans un long processus continu, même si les deux périodes paraissent étrangères l’une à l’autre.

La prise en compte de la psychotropie permet aussi de sortir de la superficialité circonstancielle (« être gai », « se détendre », « s’amuser », etc), sans doute valide pour la majorité, mais que l’on applique à tous sans nuance. Pour d’autres, elle est une vraie réponse, intime, profonde et efficace, pour surmonter les situations de vulnérabilité.

En troisième lieu, lorsque les méfaits apparaissent, on fait de ce moment une problématique individuelle, exclusivement circonscrite à la personne, en perdant de vue la dimension collective. Dans notre société, le plus évident c’est le statut de l’alcool comme modèle culturel du bien manger et du bien-boire. Plus subtilement, c’est le rôle que les groupes sociaux ont pu jouer (généralement sans le percevoir) dans la mise en place de la relation de la personne au psychotrope par leurs attentes diverses (voir post « L’arrière-plan des Autres »).

Avec ces trois dimensions – temps, idiosyncrasie, autrui -, la personne peut accéder à une vision nouvelle, beaucoup plus large et riche de sa problématique : c’est sa façon d’être au monde qui est en question. Elle peut alors se distancier des clichés habituels : répétitions chaotiques de « dérapages », existence de faiblesse particulière (ou même de tare !), écarts individuels de conduite.

Les appels à sa volonté n’ont dès lors plus de sens et il sera dorénavant question de moyens à mettre en œuvre. « Ne plus boire » ou « moins boire » ne sont plus des objectifs en eux-mêmes mais pourront entrer dans la panoplie de ces moyens. Au-delà, ses recours antérieurs à la psychotropie peuvent l’éclairer sur son fonctionnement et lui permettre de réinvestir son histoire. Il s’agit de s’inscrire dans une nouvelle logique d’épanouissement avec objectifs et moyens à la hauteur de ce projet de vie. Il est manifestement d’une autre nature, d’une autre ampleur, d’une autre valeur, que « lutter contre sa consommation d’alcool » et, au fond, lutter contre soi-même !


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