
Bonjour à tous!
En quoi peut consister la « prévention d’une addiction » ? L’addiction n’est pas un événement ponctuel aux contours bien délimités. Lorsque l’on regarde la relation devenue pathologique d’une personne avec un psychotrope comme l’alcool par exemple, on voit généralement un processus au long cours.
Vouloir le prévenir implique donc de prendre en compte toute sa dimension temporelle car l’objectif est de s’efforcer à agir sur lui le plus tôt possible, c’est le principe directeur de toute prévention. Mais, « le plus tôt possible », c’est quand, sachant que l’on identifie ou caractérise l’addiction qu’à partir des méfaits qu’elle engendre ? Cela veut dire qu’elle « arrive » toujours bien tard !
Alors, cette première question en appelle une seconde : agir le plus tôt possible signifie intervenir en amont des méfaits. Mais pour dire quoi lorsqu’au début de la relation de la personne au produit tout va bien pour elle comme pour tous ses entourages, que cette relation apporte au contraire des solutions et pas ou peu de problèmes ?
La question du moment des interventions en prévention se double donc de celle de leur contenu. On ne peut en effet imaginer un message de prévention figé qui puisse être en correspondance constante avec la marche du processus. Par exemple souligner les désordres physiques et leur gravité a peu de change d’être entendu par des personnes qui cultivent encore la convivialité que peuvent assurer les effets psychotropes du produit alcool.
Et cet aspect a encore plus d’acuité quand on sait que ces effets ne sont pas vécus de la même façon des uns aux autres : pour certains ils peuvent prendre la profondeur d’une réponse existentielle, pour d’autres, l’intérêt ne sera que circonstanciel voire insignifiant. Pour une minorité, les effets peuvent même être vécus comme menaçants.
Ainsi, il n’apparaît pas judicieux de concevoir un discours univoque, ne parlant que des méfaits et s’adressant à tous, à tous moments. Pour contourner cette difficulté et rendre audible tout message de prévention, il me semble nécessaire d’abord de faire état de l’ensemble d’un processus qui va des éventuels bénéfices initiaux aux méfaits avancés, puis de montrer que cette évolution est contre-intuitive, enfin de permettre à chacun de pouvoir se situer dans ce processus.
Toutes les addictions obéissent à cette succession bénéfices / méfaits et si le raisonnement présent est fondé sur l’addiction à l’alcool, il me paraît tout à fait applicable à toute autre addiction, avec ou sans produit.
La semaine prochaine, à la page D’un verre à l’Autre, consacrée au livre 1, je proposerai le texte « Généralité du schéma EI/C/A » du chapitre 7 « Groupes sociaux et psychotropie ».
