
Je me suis séparé de l’alcool à la fin des années 1980 et très rapidement j’ai ressenti la nécessité de comprendre ce qu’il s’était passé, pourquoi j’en étais arrivé « là », pourquoi « moi », puis pourquoi quelques autres et comment éviter la survenue de ces problèmes… Depuis la fin tourmentée de mon histoire avec l’alcool, je n’ai ainsi cessé de rechercher des réponses au travers de rencontres, d’échanges, de lectures et de réflexions. C’est tout cela que j’ai très envie de partager avec ceux qui le voudront bien, sans prétention mais avec l’ambition déterminée de lever la grande incompréhension dans laquelle sont tenues les personnes dites alcooliques, leur être utile, être utile à leurs proches et, au fond, à tous ceux que la vulnérabilité humaine interroge et parfois inquiète.
Si l’on dit souvent que l’abstinence représente pour l’alcoolique une nouvelle naissance, c’est sans doute parce que cet événement le conduit à réorganiser totalement sa vie. En effet, lorsque j’ai « pris » cette voie de l’abstinence, il ne s’agissait pas d’une sorte de choix raisonné, résultant d’une spéculation intellectuelle rigoureuse : il me fallait, très prosaïquement, agir impérativement pour faire face à la culpabilité et aux pulsions à consommer, soigner le corps, occuper le temps devenu tellement vide, retrouver de nouveaux amis et en laisser d’autres, etc. Néanmoins, un tel chamboulement contenait les prémices d’un questionnement allant bien au-delà du rapport à l’alcool devenu pathologique. Il me fallait retrouver du sens à toutes choses…
Alors je me suis engagé dans différentes initiatives qui me semblaient répondre à ces préoccupations, la plus importante d’entre elles étant mon militantisme au sein de l’Association La Santé de la Famille1. C’est en juin 1990 qu’il a véritablement démarré et dure encore actuellement. J’y ai occupé différentes fonctions locales et nationales et je participe encore à son Conseil d’Administration ainsi qu’à diverses commissions, même si je me suis un peu mis en retrait ces dernières années, notamment pour assurer les rédactions de mes écrits, souvent laborieuses mais toujours motivantes, car jamais vraiment achevées.
C’est aussi en grande partie grâce à ce militantisme que j’ai pu rencontrer d’autres associations de bénévoles mais aussi des structures de soins, participer à leurs travaux, nouer de précieuses relations interpersonnelles. Dans toutes ces situations, il s’agissait pour moi de recueillir des informations, de comprendre les phénomènes d’alcoolisation, d’aider les personnes en difficultés, de contribuer à prévenir la survenue de ces difficultés.
A partir de tout cela, un chemin s’est dessiné, tout en marchant, comme si c’étaient mes pas qui le traçaient. Ce chemin s’appelle maintenant « Par-delà les alcoolismes… » parce qu’il m’entraîne bien loin de l’expérience mortifère de la dépendance.
- La Santé de la Famille des Chemins de Fer Français est une association déclarée en Préfecture le 10 novembre 1903 sous le nom de Société Antialcoolique des Agents de Chemins de fer. ↩︎
