Psychotropie – Incidences sur le plan collectif

Si l’on place la personne dans son tissu relationnel, on peut se rendre compte de l’importance que prend parfois la puissance de la psychotropie. Il y a en effet une véritable résonance entre « vulnérabilité de la personne à surmonter » et « attentes du groupe à satisfaire ».

Lorsque les effets psychotropes sont vécus positivement chez une personne, qu’ils l’aident en fait à surmonter sa vulnérabilité, elle se met alors en capacité de répondre aux attentes du (des) groupe(s) dans lesquels elle évolue. Les membres de ce(s) groupe(s) vont lui signifier leur approbation, d’une manière ou d’une autre, puisqu’elle contribue au fonctionnement de ce(s) groupe(s).

Autrement dit, du côté de la personne, le mieux-être résultant de l’action directe du psychotrope sur son état intérieur va encore être renforcé, indirectement, par l’approbation du (des) groupe(s). C’est pour elle une reconnaissance mais aussi un encouragement implicite à ce qu’elle soit « comme ci » ou « comme ça », c’est-à-dire qu’elle utilise le moyen qui le lui permet, en l’occurrence le psychotrope alcool.

De son côté le groupe appréciera la conformité de la personne avec ce que l’on attend d’elle. Le rôle du psychotrope pour atteindre cette conformité ne sera pas lui-même considéré et souvent passera totalement inaperçu. C’est le résultat conforme que l’on jugera. Cela signifie aussi que le psychotrope participe au fonctionnement du groupe et à son homéostasie, qu’il ne se limite pas à l’individualité comportementale de l’un de ses membres.

Bien entendu, lorsque peu à peu les effets ne « marchent » plus, que les méfaits surviennent, la personne est progressivement dépossédée de son moyen existentiel et ne peut surmonter aussi bien sa vulnérabilité ni répondre alors aux attentes du groupe. Par voie de conséquence, le fonctionnement en sera plus ou moins altéré, le groupe se détournera de la personne et sera lui-même menacé dans sa dynamique, parfois jusqu’au péril.

Mais, à ce stade avancé, l’émergence de la problématique est perçue comme une dérive personnelle, une affaire individuelle, dans laquelle les groupes n’auraient joué aucun rôle nonobstant les incidences premières pourtant bénéfiques de la psychotropie, souvent lointaines il est vrai.

On retrouve ici le lien causal bénéfices / méfaits, aussi difficile à percevoir sur ce plan collectif qu’il l’est sur le plan individuel (voir billet « La difficulté de concevoir le lien causal bénéfices / méfaits »).


En savoir plus sur Par-delà les alcoolismes

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

En savoir plus sur Par-delà les alcoolismes...

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture