
Bonjour !
Lorsque l’on évoque la cause des problématiques liées aux alcoolisations – manifestations aiguës de l’ivresse ou processus au long cours de la dépendance – on avance les quantités ingérées, jugées trop importantes.
Ce lien causal « Quantités / méfaits » est marqué dusceau de l’évidence : plus je consomme d’alcool, plus je risque d’avoir des problèmes. Le bon sens commun le reprend à son compte dans la représentation courante « l’alcoolique c’est quelqu’un qui boit trop ». Les repères quantifiés (actuellement « 2 verres par jour et pas tous les jours ») s’en font l’écho, même s’ils ont été établis à l’issue d’un important travail scientifique[1].
La causalité « Quantités / méfaits » est incontestable, ce qui ne veut pas dire qu’on doit l’admettre comme explication globale de ces problématiques d’alcoolisation. On ne peut en effet accréditer l’idée que les personnes se font délibérément du mal, en font éventuellement aux autres – dont leurs proches – et peuvent se complaire longtemps dans cette situation[2]… Tout en connaissant le risque.
En fait, on ne retient là que les propriétés toxiques de l’alcool sur l’ensemble du plan biopsychosociologique et il convient de porter le regard sur l’autre registre, celui de ses propriétés psychotropes.
Dans les confrontations permanentes au réel, le psychotrope peut contribuer à traverser diverses difficultés qui vont de l’inconfort provisoire au malaise persistant, de la réponse circonstancielle à la réponse existentielle. Lorsque les situations de vulnérabilité sont récurrentes, les recours empiriques au psychotrope peuvent être précieux. Ils auront alors toutes les « chances » d’être reproduits et étendus à d’autres situations. Leur place grandissante sera encore renforcée par le phénomène de tolérance qui conduit à augmenter les doses pour obtenir les mêmes effets.
Ce qui se joue là ne se voit pas, d’abord parce cela relève de la subtilité intime de la vie intérieure et ensuite parce que la personne n’a aucune raison de faire état de quelque chose qui « marche » bien et bien pendant longtemps parfois, pour elle et pour tous les groupes dans lesquels elle évolue. Le lien causal « Vulnérabilité / psychotropie » est invisible.
Lorsque cela ne « marchera » plus avec la désertion des effets psychotropes (atteinte du seuil de tolérance), les méfaits surviendront et se multiplieront au point de concourir eux-mêmes à l’établissement de situations de vulnérabilité… incitant à l’utilisation de la stratégie habituelle : le recours au psychotrope. La chaîne linéaire « vulnérabilité / psychotropie / quantités / méfaits » se referme alors sur elle-même en une boucle mortifère.
[1] ANDLER, R, JB RICHARD, C COGORDAN, V DESCHAMPS, H ESCALON, et V NGUYEN THANH. «Nouveau repère de consommation d’alcool et usage: résultats du baromètre de Santé publique France 2017.» Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2019.
[2] Cela rejoint la définition du toxicomane de l’OMS en 1950.
